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Thursday, August 21, 2025

Gérard Chaliand (1934-2025)

 « Ma vie touche à sa fin/ Je suis serein/ Presque détaché/ Nul besoin d’être stoïque/ Je ne souffre pas/ Je décline. »

“My life is coming to an end/ I am calm/ Almost detached/ No need to be stoic/ I am not suffering/ I am declining.” translation by Lola Koundakjian



The Armenian Poetry Project mourns the death of Gérard Chaliand, a Belgian-born Armenian expert in geopolitics and a poet. 

Click here for an obituary in French and an homage by Tigran Yegavian.

Friday, June 27, 2025

Gérard Chaliand: Excerpt from Feu Nomade (À la mémoire de mon père)


10.

“L’estuaire de l’Elbe coule large comme les fleuves d’outre-mer
Et je regarde passer les grands navires quittant le port d’Hambourg
la brume au loin lance son cri de sirène perdue
Et tous mes souvenirs s’embuent dans la glace des eaux. 

Les longues plaines du Nord s’en vont mourir dans les bouleaux
Et la pluie fine sur la Baltique d’ambre et de bruine
terre gorgée d’eaux et de canaux
et la paix de tes maisons aux carreaux rouges.
Cafés de Vienne, rues buissonnières de Prague
on s’y penche sur le tain des miroirs
ma vie se souvient de ce qu’elle n’a pas connu.”


Gérard Chaliand. Excerpt From Feu nomade et autres poèmes



GERARD CHALIAND: MIST


I am watching great ships
gliding from the port of Hamburg 
through the Elbe's wide estuary 
that opens into undersea rivers.
A lost siren's voice is calling 
in the distant fog as 
all my memories gather 
in mist over the ice water.


In the north, vast plains stretch 
and die in the birch trees 
while a fine amber rain 
dimples the Baltic sea swollen 
with waters from the gorged earth 
and from canals running along 
peaceful red-tiled houses.


Cafés of Vienna, meandering 
streets of Prague -- I lean my life 
against silvered mirrors and 
remember what I have never lived.


Translated by Diana Der-Hovanessian for Poetry Magazine, published September, 1999.

Sunday, June 22, 2025

Gérard Chaliand: Je me souvien du Nil

Je me souviens du Nil, chargé d’histoire,
on y menait les défunts sur la rive gauche,
Je t’ai transporté en felouque sur ce versant funèbre,
il y a tantôt un siècle,
le croirais-tu, mon père, dans une douleur longtemps muette.
Jamais, durant dix années, nous n’avons parlé de toi
avec ma mère,
Je n’aurais pu, quelque chose s’était brisé en moi.
Il m’a fallu atteindre l’âge de ta mort pour cesser de rêver de toi.
Pourtant je me souviens de tes leçons :
« On ne renonce jamais.
On lutte jusqu’aux dernières foulées.
Jamais on n’est vaincu au cœur de soi-même. »
Depuis j’ai vécu par des chemins peu courus, semés de charniers, d’amis perdus,
de rencontres inoubliables.
À des années-lumière de ta mort, je rêve de toi à nouveau,
par une de ces nuits moites de mousson.
Je t’entends dire « j’ai rêvé de Tamitza ! »
La petite cousine dont tu étais amoureux.
Tamitza avait treize ans quand elle a été assassinée,
en 1915, avec tous les autres.
Père, que j’ai tant aimé et qui m’a tant donné,
tu es le fil me rattachant à ce passé,
murmuré par les vieilles de mon enfance.
Cette geste qui me fonde,
celle de ton frère aîné, mort dans une cité montagnarde,
après un long siège, les armes à la main,
en paix.

On ne se rend pas.






Gérard Chaliand, Feu nomade et autres poèmes, © Poésie/Gallimard, 2016